L'Éducation
"Cultiver la nature et ses dons."
Fiami a partagé cette fable avec le professeur Ernst Zürcher, ingénieur forestier en sciences du bois.
L'Éducation
par Jean de La Fontaine
Laridon et César, frères dont l’origine
Venait de chiens fameux, beaux, bien faits et hardis,
A deux maîtres divers échus au temps jadis,
Hantaient, l’un les forêts, et l’autre la cuisine.
Ils avaient eu d’abord chacun un autre nom;
Mais la diverse nourriture
Fortifiant en l’un cette heureuse nature,
En l’autre l’altérant, un certain marmiton
Nomma celui-ci Laridon:
Son frère, ayant couru mainte haute aventure,
Mis maint Cerf aux abois, maint Sanglier abattu,
Fut le premier César que la gent chienne ait eu.
On eut soin d’empêcher qu’une indigne maîtresse
Ne fit en ses enfants dégénérer son sang:
Laridon négligé témoignait sa tendresse
A l’objet le premier passant.
Il peupla tout de son engeance:
Tournebroches par lui rendus communs en France
Y font un corps à part, gens fuyants les hasards,
Peuple antipode des Césars.
On ne suit pas toujours ses aïeux ni son père:
Le peu de soin, le temps, tout fait qu’on dégénère:
Faute de cultiver la nature et ses dons,
Ô combien de Césars deviendront Laridons!
Comme il faut nourrir les enfants
par Plutarque (50-125 après JC)
Lycurgus prit un jour deux jeunes chiens nés de même père et de même mère et les nourrit si diversement qu’il en rendit un gourmand et goulu, ne sachant faire autre chose que le mal, et l’autre bon à la chasse; puis un jour que les Lacédémoniens étaient tous assemblés sur la place en conseil de ville, il leur parla en cette manière : « C’est chose de très-grande importance, seigneurs Lacédémoniens. pour engendrer la vertu au cœur des hommes que la nourriture, l’accoutumance et la discipline, comme je vous ferai voir tout à cette heure. » En disant cela, il amena devant toute l’assemblée les deux chiens, leur mettant au devant un plat de soupe et un lièvre vif. L’un des chiens s’en courut incontinent après le lièvre, et l’autre se jeta aussitôt sur le plat de soupe. Les Lacedemoniens n’entendaient point encore où il en voulait venir, jusqu’à ce qu’il leur dit : « Ces deux chiens sont nez de même père et de même mère ; mais ayant été nourris diversement, l’un est devenu gourmand et l’autre chasseur. »